Entre deux soleils

Mikka, Mei et Kaya marchent dans la forêt et regardent la nature, épatés. Des arbres et des champignons se dressent autour d’eux, des papillons volent. Mikka pointe un lézard sur un rocher. Un hibou dort au creux d’un arbre.

Le soleil se levait lentement sur le lac des Échos, dessinant des glossaireReflets :lumières que l’on voit briller sur une surface, comme l’eau. dorés à la surface de l’eau, comme si quelqu’un avait éparpillé des parcelles de lumière. L’air sentait la menthe sauvage et les pins mouillés.

C’était le premier jour du camp d’été.

Autour du grand feu de camp, une dizaine de jeunes se tenaient un peu raides, leurs sacs à dos trop remplis sur les épaules. On entendait le glossaireCrépitement :petit bruit sec, comme le bois qui brûle dans le feu. du bois et quelques chuchotements hésitants.

Un campement de tentes est installé près d’un lac entouré d’arbres et de montagnes. La fumée d’un feu de camp s’élève vers le ciel nuageux.

Parmi eux, Mikka, 12 ans, observait les autres en silence. Elle n’aimait pas trop les nouveaux groupes : les mots avaient tendance à rester coincés dans sa gorge. Elle préférait écouter plutôt que parler.

À côté d’elle, Kaya, un garçon rieur, dont les yeux pétillaient d’impatience, essaya de lancer la conversation :

— Vous croyez qu’on va vraiment dormir dans des tentes?

Mei, une fille au sourire timide mais assuré, répondit :

— Évidemment. C’est un camp, pas un hôtel!

Tout le monde rit, sauf Mikka, qui se demanda si elle glossaireSerait à la hauteur :serait capable de réussir quelque chose. pendant cette semaine.

Sous le ciel étoilé dans la forêt, plusieurs enfants, dont Mikka et ses amis, sont debout autour d’un feu de camp.

Chapitre 1 – Le défi du matin

Leurs animateurs, Léo et Anoki, leur expliquèrent le programme :

— Cette semaine, vous allez apprendre à cultiver votre bien-être. On fera du sport et des jeux, on aura des périodes plus calmes, on fera des projets artistiques et, surtout, on apprendra à mieux se connaître.

Kaya leva la main :

— Cultiver le bien-être? Genre… planter des légumes?

— Un peu, répondit Anoki en souriant. Le bien-être, ça pousse aussi si l’on en prend soin.

Le premier défi fut une course d’orientation autour du lac. Chaque équipe devait trouver des glossaireBalises :repères ou objets placés à un endroit précis pour aider à se diriger ou à trouver son chemin. et répondre à une question sur le thème « Prendre soin de soi et des autres ».

Au début, Mikka suivait sans oser donner son avis. Elle préférait éviter de se tromper. Mais, lorsqu’ils arrivèrent à un panneau indiquant « Que peux-tu faire lorsque tu te sens triste? », Mikka sentit son cœur battre plus vite. Elle hésita, puis prit une petite inspiration et murmura :

— Moi, j’écris dans mon carnet. Ça m’aide à mettre de l’ordre dans mes pensées.

Marchant dans la forêt, Mikka, Mei et Kaya s’arrêtent devant une pancarte qui affiche un visage triste et un point d’interrogation.

Les autres se tournèrent vers elle, surpris mais intéressés. Kaya hocha la tête :

— Pas bête. Moi, je danse. Même si je n’ai pas le moral, la musique me fait du bien.

C’était simple, mais le cœur de Mikka se détendit un peu.

Peut-être que parler de ce que l’on ressent n’est pas si difficile, finalement.

Chapitre 2 – La tempête intérieure

Le lendemain, un orage éclata. Le tonnerre roula longtemps dans la montagne, et toutes les activités extérieures furent annulées. Les campeurs durent rester sous la grande tente commune, à l’abri de la pluie battante.

Léo proposa un jeu d’expression : tout le monde devait dessiner une « météo de son humeur ».

Certains firent des soleils éclatants, d’autres des nuages chargés de pluie. Lorsque vint le tour de Mikka, elle montra un ciel gris avec un coin lumineux.

Sous une tente, Mikka montre à Kaya et Mei sa peinture d’un ciel nuageux, au coin duquel brille un petit soleil.

— Parce que je me sens souvent entre les deux, expliqua-t-elle. Pas mal, mais pas toujours bien non plus.

Un petit silence s’installa. Mei finit par dire doucement :

— Moi aussi. Lorsque je suis arrivée ici, je ne comprenais pas tout le monde. J’avais peur que l’on me trouve bizarre.

Kaya leva la main, faussement outré :

— Hé! tu n’es pas bizarre! Tu es la seule à avoir trouvé la bonne route hier.

Tout le monde éclata de rire. La tension disparut d’un coup, comme un nuage qui glossaireSe dissipe :disparaît peu à peu.

Anoki conclut :

— Vous voyez? Les émotions changent, comme la météo. Ce n’est pas grave d’avoir un jour de pluie, tant qu’on sait qu’après le soleil reviendra.

Chapitre 3 – L’épreuve du silence

Le troisième jour, Léo annonça une activité mystérieuse.

— On va faire une randonnée silencieuse. Interdit de parler pendant une heure. On doit juste écouter la nature… et soi-même.

Certains protestèrent :

— Une heure sans parler? Impossible!

Le groupe se mit en marche. Le sentier serpentait entre les arbres avant de longer le lac. Mikka entendait le glossaireBruissement :bruit doux, comme le vent dans les feuilles. du vent, le crissement des pas dans les feuilles, et le cri d’un Héron :grand oiseau aux longues pattes et au long cou, qui vit près de l’eau. au loin. Peu à peu, elle sentit son souffle ralentir et son esprit s’apaiser.

Mei, Mikka et Kaya marchent dans la forêt, ébahis par la nature qui les entoure. Mikka montre à Mei un lézard qui monte sur un rocher.  Kaya lève les yeux vers des papillons volant au-dessus d’eux.

Elle remarqua des détails qu’elle n’avait jamais vus : la mousse douce sur les rochers, les reflets argentés de l’eau, le parfum presque sucré des fougères.

Lorsqu’ils s’arrêtèrent enfin, Léo demanda :

— Qu’avez-vous découvert?

Kaya répondit :

— Que je n’ai jamais autant remarqué la forêt.

— Que j’ai souvent besoin de calme, même si j’aime rire, dit Mei.

Mikka ajouta, un peu étonnée de ses propres mots :

— Que le silence peut être un ami.

Léo sourit :

— Exactement. Se reconnecter à la nature, c’est aussi prendre soin de soi.

Chapitre 4 – Le jeu du miroir

Le lendemain, Anoki leur proposa une activité d’estime de soi : le jeu du miroir. Chacun devait dire une qualité qu’il voyait chez quelqu’un d’autre.

Mikka redoutait ce moment. Et si personne ne trouvait rien à dire à propos d’elle?

Mais, lorsque son tour arriva, Kaya déclara sans hésiter :

— Toi, tu es calme, et tu écoutes vraiment les gens. C’est rare.

Mei ajouta :

— Et tu as une façon de parler qui apaise. On se sent bien avec toi.

Mikka et Mei se regardent, yeux dans les yeux. Mei pointe Mikka, qui rougit. Derrière, Kaya les observe en souriant.

Les joues de Mikka rougirent. Elle murmura :

— Merci… vous êtes chouettes.

Puis, ce fut à son tour :

— Kaya, tu as une énergie qui fait sourire tout le monde.

— Et toi, Mei, tu es super courageuse, même si tu es timide.

Le tour de parole se termina dans une explosion de rires et de petites émotions qui picotaient le cœur.

— Se dire du bien, dit Anoki, c’est comme arroser les fleurs de notre estime.

Chapitre 5 – Le grand spectacle

Le dernier soir, chaque groupe devait préparer une présentation portant sur le thème du bien-être.

L’équipe de Mikka eut une idée : jouer une scène de théâtre résumant leurs découvertes.

Kaya jouait le stress, courant partout avec une montre imaginaire. Mei incarnait le doute, cachée derrière un parapluie. Mikka interprétait le calme, arrivant doucement pour aider les deux à retrouver leur équilibre.

Le soir, sous des lanternes suspendues, les amis présentent une scène de théâtre devant les autres enfants, assis et attentifs. À l’avant, Kaya marche d’un pas pressé. Derrière, Mei tient un parapluie en souriant et Mikka croise les bras, détendue.

La scène se terminait par une pancarte :

« Cultiver son bien-être, c’est apprendre à écouter ce que l’on ressent, puis à grandir avec. »

Le public applaudit longtemps.

Autour du feu de camp, Léo demanda :

— Alors, quels souvenirs garderez-vous de cette semaine?

Kaya répondit :

— Que l’on peut avoir des émotions différentes, mais que l’on a tous les mêmes besoins : se sentir bien, respecté et écouté.

Mei ajouta :

— Que la gentillesse, c’est une force.

Mikka conclut, la voix douce mais sûre :

— Que le bien-être, ça se cultive comme un jardin. Même une petite graine, si l’on en prend soin, finit par pousser.

Chapitre 6 – Et toi?

Lorsque le camp prit fin, ils laissèrent derrière eux un panneau au bord du lac :

« Ici, chacun a planté une graine de bien-être. »

Une pancarte indiquant « Ici, chacun a planté une graine de bien-être » se dresse au bord d’un lac.
Mikka rentra chez elle différente. Dès qu’elle se sentait dépassée, elle pensait au calme du lac, au rire de Kaya et au sourire de Mei. Et toi, as-tu ton propre jardin du bien-être? Tu peux, toi aussi, le cultiver. Le bien-être n’est pas un trésor que l’on trouve par hasard. C’est une plante fragile que l’on fait grandir chaque jour, avec un peu de douceur, un peu d’attention et beaucoup de lumière. Et si tu plantais ta première graine aujourd’hui?
FIN
Photo de Eve Gagné-Phipps.
© Raven Drury.

Auteure

Eve Gagné-Phipps est une auteure passionnée et une enseignante de 5e année en immersion française à Hamilton, en Ontario. Dans son quotidien, elle conjugue son amour pour l’enseignement avec celui de l’écriture. Inspirée par ses deux enfants et ses élèves, elle crée des récits empreints d’imagination et d’aventures, où se mêlent souvent des leçons de vie et des éclats de rire. Par sa plume, Eve cherche à captiver les jeunes lectrices et lecteurs tout en leur ouvrant une fenêtre sur le monde qui les entoure.
Photo de Raphaël Pirard.

Illustrateur

Raphaël Pirard est né en Belgique et vit actuellement au Canada. Depuis près de 20 ans, il réalise des travaux d’illustration, d’animation et de concept art pour les jeux vidéo et les univers de jeux de rôles. Ses influences sont diverses et comprennent, entre autres, les mangas et les bandes dessinées. Il travaille au Canada, en France et aux États-Unis.